Intégration : des difficultés communes à l’échelle européenne
Un rapport élaboré par plusieurs organisations (dont Forum réfugiés) dans le cadre du projet européen AMIR sur l’intégration des bénéficiaires d’une protection internationale, publié en mai 2025, identifie les bonnes pratiques, les points de vigilance et les recommandations pour mieux inclure les personnes exilées dans leur territoire d’accueil. Il met en lumière plusieurs difficultés communes aux huit pays de l’étude.
Déployé de fin 2024 à début 2027, le projet AMIR (A peer mentoring and capacity building Integration strategy to ensure third country nationals inclusion at regional and local level) est financé par le fonds FAMI de l’Union européenne (voir la description du projet). Il propose d’élaborer une stratégie d’intégration des ressortissant.es de pays tiers à l’échelle locale avec des activités menées par un consortium de huit organisations (dont Forum réfugiés) dans plusieurs États membres : la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, la Hongrie, Chypre et la Suède.
Un premier rapport (en anglais) a été publié en mai 2025 dans le cadre de ce projet. Intitulé Construire un avenir inclusif : stratégies d’intégration pour les ressortissant.es de pays tiers en Europe, il établit un état des lieux des politiques publiques et des initiatives de la société civile soutenant l’intégration à l’échelle des villes, des départements et des régions. Les rapports des différents pays cibles du projet mettent en exergue des difficultés d’intégration interconnectées (administratives, linguistiques, économiques et sociales) et le constat commun d’une intégration heurtée à des pratiques et des discours hostiles à l’encontre des personnes exilées dans l’UE.
L’apprentissage de la langue du pays d’accueil
L’allophonie, soit le fait de ne pas parler la langue du pays d’accueil, est la première barrière rencontrée par les personnes exilées dans leur accès au droit et leur compréhension du système administratif. Elle est vécue et considérée comme telle dans les deux sens : tant par les personnes elles-mêmes que par les membres de la société d’accueil. Dans l’intégralité des pays étudiés, l’accès à l’emploi est conditionné à une maîtrise de la langue d’accueil (y compris lorsque l’anglais est maîtrisé). L’allophonie peut être retenue contre les personnes par les bailleurs pour leur refuser un logement, comme c’est le cas à Chypre ou en Allemagne. La grande majorité des pays couverts par l’étude n’offrent pas de cours de langue à l’étape de la demande d’asile : l’apprentissage est donc différé, ce qui réduit les chances d’une autonomisation rapide. En France, l’apprentissage de la langue pour les bénéficiaires d’une protection internationale (BPI) devient plus difficile depuis le 1er juillet 2025, date à laquelle des formations présentielles ont été remplacées par des dispositifs en ligne, risquant de renforcer les mécanismes d’exclusion liés à l’illectronisme et à l’isolement social des personnes réfugiées.
L’accès au logement
Face au constat d’une crise du logement à l’échelle européenne, tous les pays étudiés font état d’un accès quasiment impossible au logement sur le parc privé pour les personnes questionnées. Leur situation de précarité financière mêlée aux nombreuses pratiques discriminatoires des propriétaires les exclut de fait du parc privé. Lorsqu’elles ne peuvent plus bénéficier des solutions d’hébergement temporaire, les personnes migrantes se tournent souvent vers la communauté ou des marchands de sommeil. Elles sont alors surexposées aux logements indignes, à la suroccupation des espaces, au manque d’intimité, ce qui ne fait que renforcer les discours stigmatisants à leur encontre.
Les politiques publiques de logement social sont très disparates à travers l’Europe, mais gardent en commun d’importants temps d’attente avant l’allocation d’un logement : les politiques hongroises excluent les personnes étrangères du logement social, les communes italiennes (comme Bologne) se mobilisent grâce aux financements nationaux et locaux, ce qui crée une disparité entre les territoires d’un même État.
L’accès à l’emploi
Le droit au travail est caractérisé par de fortes disparités en ce qui concerne les demandeurs d’asile en Europe. La France propose l’un des modèles les plus restrictifs, avec un délai minimum de six mois suite à l’introduction de la demande d’asile auprès de l’OFPRA avant de pouvoir solliciter une autorisation de travail, dont l’accès est particulièrement limité. La Suède prévoit un délai minimum d’un mois. L’Allemagne et l’Espagne prévoient une autorisation automatique dans des délais minimaux respectifs de 3 et 6 mois suivant le dépôt de la demande d’asile. Ces restrictions ont un fort impact sur l’accès à l’emploi et l’intégration globale des personnes lorsqu’elles obtiennent le statut de réfugié dans leur pays d’accueil.
Dans tous les pays de l’étude, les personnes ressortissantes de pays tiers se heurtent à l’écueil de la reconnaissance des diplômes et des qualifications. Elles doivent donc suivre des formations (souvent non rémunérées) dans le pays d’accueil afin de pouvoir y exercer leur métier. Ces contraintes amènent beaucoup de personnes étrangères et réfugiées à se concentrer sur des métiers en tension, peu qualifiés, avec un accès plus rapide au marché de l’emploi.


