Alors que la loi de finances 2025 actait déjà une baisse inédite du parc d’hébergement pour demandeurs d’asile, à contrecourant des besoins croissants pour ce public, le budget 2026 actuellement en discussion prévoit une nouvelle suppression de plusieurs milliers de places. Le nombre de demandeurs d’asile sans solution d’hébergement n’a pourtant jamais été aussi élevé.

Après la présentation du projet de loi de finances (PLF) 2026 lors du Conseil des ministres du 14 octobre 2025, les « bleus budgétaires » qui détaillent le budget dans les différents domaines de compétence de l’’Etat (classés par « missions ») ont été publiés le 15 octobre 2025. L’essentiel du budget de l’asile est inclus dans la mission « Immigration, asile, intégration » dont l’annexe budgétaire permet de connaître les intentions du gouvernement pour l’année à venir.

La Commission des finances de l’Assemblée nationale a examiné ces crédits lors de la séance du 5 novembre 2025, adoptant ainsi quelques amendements et un rapport. L’examen de l’ensemble des dépenses du PLF doit être terminé avant le 23 novembre en séance publique à l’Assemblée nationale, et le 12 décembre au Sénat (l’examen des crédits de la mission « Immigration, asile, intégration » est pour l’instant prévu le 8 décembre).

Dans l’attente de ces débats à l’issue incertaine au regard du contexte politique fragile, les orientations politiques sur la table vont dans le sens d’une restriction du système d’accueil des demandeurs d’asile – et donc d’un affaiblissement global du droit d’asile. Alors que la loi de finances 2025 prévoyait déjà une économie d’environ 69 millions d’euros sur le budget dédié à l’hébergement des demandeurs d’asile (dont 45 millions d’euros constitués par la suppression des places), le PLF 2026 présenté par le gouvernement envisage de réduire le parc d’hébergement de 100 719 places théoriquement financées fin 2025 à 95 466 places fin 2026 soit une baisse de 5 253 places.

Dans le détail, les centres d’accueil et d’évaluation des situations (CAES) subiraient en baisse de 1 587 places (une première depuis la création de ce dispositif), les places en centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) connaîtraient une hausse de 12 773 places due à la transformation de places d’hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile (HUDA) en places CADA (pour 12 503 places), et le dispositif HUDA serait le principal concerné par la baisse de budget avec 3 936 places en moins (auxquelles s’ajoutent les 12 503 places transformées en CADA).

La création de 301 places est prévue dans le budget de l’asile pour la mise en œuvre de la nouvelle procédure de filtrage et d’asile à la frontière, qui devra se mettre en place à la m-2026 en application du Pacte sur la migration et l’asile de l’Union européenne : les contours de ce nouveau dispositif demeurent cependant inconnus à ce stade.

La baisse des capacités d’hébergement des demandeurs d’asile risque d’accentuer la situation dans ce domaine, qui se dégrade depuis plusieurs années (voir notre article de juin 2025). D’après les dernières données disponibles, issues de la publication d’indicateurs mensuels par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (91 835 bénéficiaires des conditions matérielles d’accueil fin septembre 2025) et de la base de données européenne Eurostat (158 600 demandeurs en instance à cette date), une part record de 42% des demandeurs d’asile ne disposent d’aucune ressource ni hébergement dédié à leur statut. Parmi ceux qui sont éligibles à ces conditions d’accueil, le PLF 2026 révèlent que 71% étaient hébergés au sein du dispositif national d’accueil fin juillet 2025, laissant ainsi 29% d’entre eux en dehors de ces places.

L’allocation pour demandeurs d’asile (ADA), autre volet des conditions matérielles d’accueil, es dotée d’un budget en baisse de 10% (222,2 millions d’euros) avec un coût de mise en œuvre du Pacte UE évalué à 25,2 millions d’euros) dès lors que cette réforme imposera le versement d’une aide minimum à de nombreux demandeurs d’asile placés dans une situation faisant l’objet actuellement de refus ou retrait d’ADA.

Bien que ces orientations aillent à contre-courant des besoins constatés, certains députés ont fait adopter en Commission des finances des amendements aggravant encore la situation. L’un d’entre eux prévoit une minoration de l’ADA pour les demandeurs provenant de pays d’origine sûrs (POS), une disposition contraire au droit européen, tandis qu’un autre propose une baisse de 5% du budget de l’ADA et de 30% du budget de l’hébergement des demandeurs d’asile, une posture que les signataires n’ont même pas pris la peine de détailler.

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