En Guyane, des délais alarmants pour accéder à la procédure d’asile
Alors que le délai légal entre la présentation d’une demande au sein d’une structure de premier accueil (SPADA) et le guichet unique pour demandeur d’asile (GUDA) est de 10 jours maximum, il dépassait 5 mois en Guyane début 2026 après avoir atteint 21 mois début 2025. Le ministère de l’Intérieur s’est cependant engagé à respecter le cadre légal à partir de mai 2026, en augmentant les moyens en préfecture.
La Guyane, département d’outre-mer, connait depuis quelques années une forte hausse du nombre de personnes étrangères sollicitant une protection au titre de l’asile. On y trouve la plus longue frontière terrestre de la France, séparant ce département d’outre-mer du Brésil sur une longueur de 730 kilomètres. C’est par cette voie qu’arrivent des ressortissants de Syrie, d’Afghanistan ou encore du Sahara occidental (Maroc) cherchant à rejoindre le territoire français via une route migratoire moins périlleuse que la Méditerranée au regard des facilités de voyage vers le Brésil. Des ressortissants haïtiens sont aussi nombreux à rejoindre la Guyane en raison de la proximité géographique
En 2025, plus de 10 000 demandes d’asile y ont été enregistrées ce qui place le guichet unique pour demandeurs d’asile (GUDA) de Cayenne en deuxième position derrière celui de Paris, comme l’année précédente. Un niveau de demande d’asile bien supérieur à celui constaté il y a quelques années, environ 3 000 demandes étant enregistrées annuellement entre 2018 et 2022.
Considéré comme une région ultra périphérique (RUP) de l’Union européenne, ce territoire n’appartient pas à l’Espace Schengen mais se voit appliquer le régime d’asile européen commun, à l’exception du règlement Dublin. Certaines règles dérogatoires au cadre juridique applicable en métropole y ont été établies en matière de procédure (avec notamment un délai réduit à 7 jours pour l’envoi du dossier OFPRA contre 21 jours en métropole) et d’accueil (avec un montant réduit de l’allocation pour demandeurs d’asile).
Les conditions d’accès à ce droit fondamental demeurent, quant à elles, identiques au territoire métropolitain : le délai entre la présentation d’une demande d’asile à la structure de premier accueil pour demandeur d’asile (SPADA) et son enregistrement au GUDA devrait ainsi être de 3 jours (ou 10 jours en cas d’arrivée massive de demandeurs d’asile). L’enjeu est de réduire le délai entre l’expression d’une demande de protection et sa formalisation car elle-seule permet de bénéficier des droits liés au statut de demandeur d’asile (maintien sur le territoire, conditions d’accueil etc.). C’est l’application de ce cadre juridique qui pose d’importantes difficultés en Guyane depuis quelques années.
En 2024, la SPADA avait reçu plus de 20 000 personnes soit trois fois plus que l’année précédente. Les délais de convocation au GUDA ont dès lors connu une forte hausse, les moyens des services de l’État n’ayant pas été suffisamment dimensionnés pour prendre en compte l’évolution rapide du nombre de demandes. Au 1er janvier 2025, un demandeur d’asile se présentant à la SPADA obtenait un rendez-vous au guichet unique au 1er octobre 2026, soit un délai de vingt-et-un mois mais le Conseil d’Etat dans une ordonnance du 6 février 2026 constatait une amélioration : au 1er septembre 2025, les demandeurs d’asile étaient convoqués au 18 mai 2026, soit un délai de huit mois et demi, et au 21 janvier 2026, les rendez-vous étaient fixés au 10 juillet 2026, soit un délai de cinq mois et demi.
Dans cette décision, la Haute juridiction administrative a pris en compte cette dynamique et retenu les engagements du ministère de l’Intérieur pour doter l’administration de moyens supplémentaires, pour conclure qu’ « eu égard aux diligences déjà accomplies et aux perspectives de rétablissement rapides de nature à revenir au respect des dispositions légales, il n’apparaît pas que le comportement de l’administration serait de nature à révéler une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d’asile ». Une décision étonnante, dans la lignée d’une précédente ordonnance de février 2025, tant le cadre juridique était d’évidence non respecté au moment de la décision, mais qui précise que les engagements ministériels portent sur un retour rapide à la normale avec un délai de convocation de 10 jours qui « sera atteint à compter du mois de mai 2026 ». Il s’agira donc d’observer si ces engagements sont tenus à l’échéance annoncée.
L’accès à l’asile en Guyane revêt une importance particulière car la plupart des personnes qui sollicitent ce droit fondamental obtiennent une protection : en 2024, le taux d’accord en première instance y était de 74% contre 39% pour l’ensemble du pays.


