Le 25 septembre dernier, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, les Pays-Bas et l’Ouganda ont signé un accord prévoyant le transfert temporaire de demandeurs d’asile déboutés vers le territoire ougandais. Présenté comme une solution « innovante » par La Haye, il s’inscrit dans une stratégie d’externalisation des politiques migratoires européennes, suscitant de fortes inquiétudes face à la crise humanitaire et aux atteintes aux droits humains en Ouganda.

En marge de la dernière Assemblée générale des Nations unies à New York, le ministre néerlandais des Affaires étrangères, David van Weel, et son homologue ougandais, OdongoJeje Abubakhar, ont   signé   une   déclaration   d’intention   prévoyant   le   transfert   vers   l’Ouganda de demandeurs d’asile déboutés, avant leur retour vers leur pays d’origine.

Cet accord fait écho à une visite en Ouganda en octobre 2024 de l’ancienne ministre néerlandaise du Commerce extérieur et de la Coopération au développement, Reinette Klever, issue de l’extrême droite, qui avait plaidé pour « freiner l’immigration » en utilisant le pays d’Afrique de l’Est comme pays de renvoi.

L’accord cible les ressortissants de pays voisins de l’Ouganda dont la demande d’asile a été rejetée aux Pays-Bas et dont le rapatriement ne peut être effectué rapidement. Ils seraient alors hébergés dans un « centre de transit » temporaire, avant leur retour vers leur pays d’origine.

Il paraît important de souligner que, selon un article de The Financial Times, la majorité des personnes déboutées de leur demande d’asile aux Pays-Bas ne proviennent pas d’Afrique de l’Est, mais de Turquie, d’Algérie, du Maroc et de Syrie — un constat qui interroge la pertinence de cet accord.

D’après le communiqué de presse gouvernemental, il s’agit pour les Pays-Bas de démontrer qu’ils sont « des pionniers en Europe en matière de solutions innovantes pour maîtriser les migrations ». Pour l’Ouganda, c’est une reconnaissance internationale   de   son   rôle   d’accueil, le   ministre   a   précisé   que   son   pays   ne   demandait   aucun financement mais souhaitait offrir un « nouveau départ » aux personnes en situation irrégulière, considérant que « ceux qui n’ont pas d’avenir en Europe ne doivent pas y rester ».

Selon David van Weel, les deux pays vont désormais travailler sur les modalités pratiques de cet accord de principe, qui devrait donner lieu, d’ici moins d’un an, à un programme pilote à petite échelle, impliquant quelques dizaines de demandeurs d’asile déboutés.

Toutefois, les récentes élections législatives anticipées aux Pays-Bas, marquées par la victoire du parti centriste appelé à succéder à l’extrême droite, pourraient bouleverser la mise en œuvre de cet accord. Son chef de file, Rob Jetten, avait qualifié cet accord d’« intenable et totalement irréfléchi ».

Avec près de deux millions de réfugiés sur son territoire, selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), l’Ouganda est le premier pays d’accueil en Afrique et le troisième au monde. La majorité d’entre eux provient du Soudan du Sud et de la République démocratique du Congo. Plus de la moitié ont moins de 18 ans, dont près de 48 000 enfants arrivés seuls. C’est à cette population déjà considérable que pourraient désormais s’ajouter les demandeurs d’asile déboutés des Pays-Bas.

Cet accord intervient un mois après la publication du HCR alertant sur la baisse drastique de l’aide humanitaire en Ouganda, évoquant l’une des plus graves crises de financement depuis des décennies.

Dans ce contexte, la capacité de l’Ouganda à garantir un accueil durable et digne interroge, d’autant plus que le pays a signé cet été un accord similaire avec les États-Unis, pour accueillir des ressortissants déboutés de l’asile américain. Cette initiative s’inscrit dans la nouvelle politique migratoire menée depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, marquée par la signature d’accords controversés visant à rediriger des migrants vers des pays tiers tels que le Soudan du Sud, l’Eswatini ou le Salvador, souvent sans lien d’origine avec les personnes concernées.

Ce partenariat marque une évolution majeure : l’Ouganda ne se contente plus d’accueillir les réfugiés de ses voisins, mais devient un allié stratégique des États-Unis — et désormais des Pays-Bas — dans la gestion mondiale des flux migratoires.

Cet accord suscite de fortes inquiétudes parmi les organisations néerlandaises de défense des droits humains et les partis d’opposition, en raison de la situation des droits humains en Ouganda, marquée par la torture en prison et la répression des minorités, notamment des personnes LGBTQ+. Le gouvernement néerlandais avait lui-même exprimé ses inquiétudes face à la loi ougandaise de 2023 contre l’homosexualité, prévoyant des peines allant jusqu’à la prison à vie, voire la peine de mort —une position toujours consultable sur son site officiel.

Face à ces critiques, David van Weel a rappelé que pour définir les détails du concept de hub de transit, le gouvernement continuera de consulter étroitement la Commission européenne et les organisations internationales, telles que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le HCR. Il a également assuré que les Pays-Bas n’enverraient pas de personnes LGBTQ+ en Ouganda dans le cadre de l’accord. Mais cette promesse soulève de nombreuses questions sur les mécanismes de sélection et laisse déjà entrevoir de possibles zones d’ombre et failles juridiques.

Cet accord intervient alors que les États membres de l’Union européenne étudient la proposition de règlement « retour » vise à simplifier le renvoi des migrants déboutés, y compris vers des pays ne constituant pas leur pays d'origine. Si le texte est adopté, il autoriserait ainsi les États membres à établir des arrangements avec des pays tiers pour y transférer des ressortissants faisant l’objet d’une mesure d’éloignement (voir notre article d'avril 2025).