Stratégie européenne d'asile et de gestion des migrations : des objectifs préoccupants
Fin janvier 2026, la Commission européenne a présenté sa première stratégie pour l’Union européenne sur l’asile et la migration. Celle-ci présente ses objectifs, dont un certain nombre suscitent des craintes notamment pour le droit d’asile.
Une stratégie est un document non-contraignant expliquant les priorités politiques et les objectifs de l’Union européenne (UE). Le 29 janvier 2026, la Commission européenne a publié sa première stratégie quinquennale en matière d’asile et de gestion des migrations, expliquant que ces domaines sont des priorités politiques.
Elle contient, aux côtés d’explications sur les initiatives passées et en cours, plusieurs aspirations inquiétantes.
L’un des objectifs principaux est de réduire la « migration illégale ». Il est expliqué que « la plupart des migrants qui arrivent et séjournent illégalement dans l'Union ne peuvent prétendre à aucune forme de protection et n'ont pas le droit de rester ». Une note en bas de page spécifie que « selon les données d'Eurostat, le taux de reconnaissance pour 2024 s'élevait à 51,4 %, alors qu'il est tombé à un peu plus de 33 % au premier semestre 2025, pour remonter à 42,8 % au troisième trimestre 2025 ». Or, ces taux ne correspondent qu’à la première instance. Un grand nombre de personnes obtient une protection après un appel. D’après Eurostat, en 2024, 50 265 personnes ont obtenu une protection en deuxième instance, élevant le taux de protection global.
Afin de réduire cette « migration illégale », l’accent est mis sur le renforcement des frontières, la révision du rôle de l’agence de garde-frontières et de garde-côtes Frontex et le démantèlement des réseaux de passeurs. Il est affirmé que « le trafic illicite de migrants est un crime odieux, […] qui exploite des personnes, mettant en danger leur vie et leur dignité, au profit économique de réseaux criminels, ou qui est utilisé par des acteurs étatiques dans le but de porter atteinte à la sécurité de l'Union ». Bien que louable, cet objectif apparaît commode dans le but de réduire les arrivées. L’affirmation selon laquelle « chaque voyage par des passeurs évité est potentiellement une vie sauvée » est loin d’être une vérité absolue. Lorsqu’il existe des besoins de protection internationale, une arrivée irrégulière afin de faire une demande d’asile est souvent l’unique option, les voies légales d’entrée étant plus que limitées.
Il est aussi indiqué que « la combinaison des réformes apportées par le Pacte sur les migrations et l'asile, qui établit un équilibre entre solidarité et responsabilité, d'une diplomatie migratoire affirmée et d'une coopération opérationnelle efficace au sein et en dehors de l'Union, porte ses fruits, comme en témoigne notamment la réduction progressive des arrivées illégales depuis 2023. » Cependant, le Pacte n’est pas encore applicable (il le sera mi-juin 2026), et la réduction des arrivées est due aux contextes dans les pays d’origine (par exemple, la Syrie : voir notamment notre article sur les perspectives des Syriens).
Augmenter le nombre de retours des personnes n’ayant pas de droit de rester fait aussi partie des priorités. Il est, entre autres, mentionné que « la Commission collabore au niveau technique avec les autorités de facto afghanes sur le retour et la réadmission éventuels des ressortissants afghans », ce qui ne peut que provoquer des préoccupations, les autorités « de facto » étant les talibans !
La protection (temporaire) des Ukrainiens est aussi avancée comme une priorité. En revanche, il est uniquement écrit que « pour aller de l’avant dans une perspective à plus long terme, tout en tenant compte de la forte volatilité de la situation, il est nécessaire de définir une voie vers la poursuite du séjour légal et de faciliter l'intégration des Ukrainiens dans les sociétés d'accueil », tout en soutenant « leur retour dans leur pays afin de contribuer à sa reconstruction lorsque la situation le permettra ».
La coopération avec des pays tiers, en utilisant des leviers et des incitations (commerce, aide au développement, visas), est un objectif transversal de la stratégie, et ceci dans une approche Team Europe. Forum réfugiés a plusieurs fois alerté sur cette approche, qui n’est pas prévu par les Traités pour des accords internationaux et ne permet pas un contrôle parlementaire.
Le renforcement de la coopération avec le Royaume-Uni est aussi envisagé, dont le projet pilote convenu entre la France et le Royaume-Uni, soutenu par la Commission (voir notre article sur le sujet).
Par ailleurs, l’utilisation accrue de l’intelligence artificielle est privilégiée, sans considérations pour les risques qui y sont associés.
Certains points positifs sont présents, dont les objectifs d’améliorer la reconnaissance des qualifications, de lutter contre l’exploitation, de promouvoir l’intégration des nouveaux arrivants à tous les niveaux de gouvernance, et d’encourager les talents à venir dans l'UE afin de renforcer la compétitivité tout en renforçant les ambitions en matière de réinstallation et d'admission humanitaire (qui sont en baisse -voir notre article sur les engagements pour 2026-2027). La Commission souhaite notamment soutenir « les activités de formation et de préparation au départ destinées aux demandeurs d'emploi originaires de pays tiers, afin de leur permettre d'acquérir les compétences techniques, professionnelles, linguistiques et culturelles requises ».


