Lors d’une conférence organisée en juin 2025 par Forum réfugiés, Carole André-Dessornes a fait le bilan de 54 ans de règne du clan el Assad et est revenue sur les défis et les enjeux du pays depuis le départ de Bachar el-Assad en décembre 2024. 

Au cours d’une conférence organisée par Forum réfugiés en juin 2025, dont cet article reprend les principaux éléments, la géopolitologue Carole André-Dessornes a d’abord dressé un tableau de la population du pays. La Syrie est un pays pluriethnique et multiconfessionnel qui comporte plusieurs groupes ethniques minoritaires, dont les Alaouites (10-12 % de la population) et les Kurdes (10 % de la population). La majorité des Syriens est de confession musulmane sunnite ; ils représentent environ 70 % de la population, alors que les chrétiens sont environ 9 %, les Druzes 3 %, et les Yézidis 1 %.

Des éléments historiques ont ensuite été évoqués. La conférencière a rappelé qu’à la chute de l’empire ottoman, la Syrie est passée sous mandat français à partir de 1916, jusqu’à son indépendance, proclamée le 17 avril 1946. Une succession de coups d’Etats militaires entre 1949 et 1970, ont finalement porté le général Hafez al-Assad au pouvoir le 16 novembre 1970. Une nouvelle constitution lui a permis de bénéficier de pouvoirs étendus. Après avoir restructuré l’armée et les services de sécurité, un régime autoritaire s’est mis en place, instrumentalisant les identités ethniques. En 1982, il mate dans le sang une insurrection d’opposants avec un bilan humain compris entre 20 000 et 40 0000 morts.

Une partie de l’intervention a résumé le contexte de répression qu’a connu le pays ces dernières années. À la mort de Hafez el-Assad, le 10 juin 2000, son fils, Bachar el-Assad, lui a succédé le 17 juillet. Lors du printemps arabe dans les années 2010, les Syriens ont entamé un soulèvement contre Bachar el-Assad, fortement réprimé par les forces de sécurité. La rébellion et les groupes djihadistes montent alors en puissance et se renforcent. La guerre civile s’installe. Progressivement, la Syrie se divise. L’armée syrienne libre (ASL) crée un système de gouvernance parallèle. Bachar el Assad bombarde son peuple, à l’aide des Russes, en utilisant notamment l’arme chimique. Le pays se fragmente en plusieurs zones, l’Etat utilise la drogue comme source de revenu du régime. Dans son rapport de 2017 intitulé “Human Slaughterhouse”, Amnesty International révélait que les autorités syriennes sous la présidence de Bachar el Assad s’étaient livrées à des homicides, des actes de torture, des disparitions forcées, des pendaisons de masse et à l’extermination de prisonniers – dans la prison militaire de Saidnaya, le centre de détention le plus célèbre de Syrie – dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique contre la population civile, équivalant à des crimes contre l’humanité.

Monde Syrie

Carole André-Dessornes a ensuite abordé les évènements récents.

Le 8 décembre 2024, Bachar el Assad quitte le pays pour se réfugier en Russie. Ahmed Al-Charaa, prend le pouvoir et est nommé président de transition de la Syrie en janvier 2025, pour une durée de 5 ans. Le gouvernement provisoire annonce que toutes les factions armées allaient être dissoutes et intégrées aux forces armées gouvernementales, y compris les forces Kurdes avec lesquelles un accord est signé en mars 2025. Cependant, des conflits continuent d’éclater dans le pays. L’Etat islamique poursuit les combats contre les forces gouvernementales et Israël bombarde la Syrie. En mars 2025, 1 700 Syriens de confession alaouite (branche du chiisme auquel appartient le clan Assad) ont été victimes d’exactions commises par des groupes armés islamistes sunnites. Plus de 100 personnes sont mortes et près de 30 000 personnes auraient fui vers d’autres villages alaouites. Fin avril 2025, c’est la communauté druze qui est victime de massacre. En réponse, Israël frappe la Syrie et se dit prêt à défendre les villages druzes dans le sud du pays.

Après 15 ans de guerre, le pays est en ruine : l’Etat et les services publics sont inexistants ; 90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Selon France diplomatie, 7 millions de Syriens sont déplacés à l’intérieur du pays ; près de 6 millions de réfugiés sont encore en Turquie, au Liban, en Jordanie et en Europe. Des charniers découverts en 2025 et les témoignages des prisonniers révèlent leur cortège d’horreurs. Si le nombre exact de victimes de la guerre en Syrie est dur à connaître, l’Observatoire syrien des droits de l’homme estime que le bilan est de 500 000 morts.

Selon Carole André-Dessornes, les fractures profondes exacerbées par un demi-siècle d’autoritarisme, les années de guerre et les ingérences extérieures sont des défis majeurs pour la paix et la reconstruction du pays. Dans ce contexte, un vrai travail de réconciliation du peuple syrien est nécessaire, et devrait passer par la justice transitionnelle.

Une contribution de Carole André-Dessornes sur la Syrie est disponible dans le 25ème « État des lieux de l’asile en France et en Europe » publié le 3 juillet 2025 par Forum réfugiés et disponible sur notre boutique solidaire.