Après un demi-siècle de conflit, les groupes armés avaient déposé les armes en 2016. Pourtant, dès 2019, certains se sont reconstitués et plusieurs rapports récents documentent de graves abus qui impactent particulièrement les personnes vulnérables.

De 1960 à 2016, le conflit armé entre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et le gouvernement a fait 450 664 morts et près de 8 millions de déplacés d’après la Commission de la Vérité créée dans le cadre des accords de paix signés en 2016 entre les deux parties. Plus de 50 000 personnes ont par ailleurs été séquestrées, et près de la moitié des victimes ont été tuées par les paramilitaires.


L’accord de paix signé en 2016 prévoyait la démobilisation, le désarmement et la réinsertion sociale et politique des ex-combattants. Il avait mis fin à cinq décennies de guerre et permis une première baisse de la violence. Mais dès 2019, le conflit a repris sous de nouvelles formes, avec une présence accrue de groupes armés dans les zones reculées. Trois ans après l’arrivée au pouvoir du président Gustavo Petro, élu en août 2022, sa stratégie de « paix totale » n’a obtenu que des résultats limités pour protéger les civils, selon le dernier rapport annuel de Human Rights Watch publié en février 2025.

Aujourd’hui encore, plusieurs groupes armés restent actifs, notamment des dissidents des FARC et l’ELN (Armée de libération nationale). Considérée comme la dernière guérilla active du pays, l’ELN a été fondée en 1964 par des étudiants formés à Cuba. Inspirée par le guévarisme (idéologie proche du marxisme), elle se présentait alors comme un mouvement de défense de la souveraineté nationale et de justice sociale, dénonçant l’exploitation des ressources naturelles colombiennes par des multinationales. Mais aujourd’hui, comme d’autres groupes armés, l’ELN vit surtout de trafics illicites, en particulier du commerce de cocaïne, selon un rapport du service de recherche du Congrès américain de février 2023.

Depuis janvier 2025, la région de Catatumbo, à la frontière entre la Colombie et le Venezuela, a connu une flambée de violences entre l’ELN et des dissidents des FARC pour le contrôle du territoire. En mars 2025, Human Rights Watch a dénoncé de graves abus de la part de l’ELN : exécutions, agressions, enlèvements, disparitions de civils accusés de collusion avec les FARC. Selon les ONG, ces affrontements auraient contraint plus de 56 000 habitants à fuir leurs foyers — un des déplacements internes les plus massifs en Colombie depuis des décennies.

Depuis 2017, le gouvernement a mené plusieurs négociations de cessez-le-feu avec l’ELN et les dissidents des FARC, dont un cessez-le-feu de six mois conclu avec l’ELN en 2023-2024. Mais les résultats restent fragiles. Le pays partage 2 200 kilomètres de frontière avec le Venezuela, où trafiquants et groupes armés opèrent ouvertement. L’Équateur voisin sert également de zone de ravitaillement et de repli aux insurgés, compliquant davantage la lutte contre le crime organisé. La Colombie demeure le premier producteur et pays de transit de drogues illicites au monde.

Le rapport 2025 précité de Human Rights Watch souligne aussi la vulnérabilité particulière des femmes, des personnes LGBT+, mais aussi des défenseurs des droits humains, des leaders autochtones et afro-colombiens, ainsi que d’autres militants communautaires, régulièrement menacés ou victimes de violences. L’organisation dénonce également un recours excessif, parfois brutal, à la force par la police lors des manifestations majoritairement pacifiques entre 2019 et 2021. Par ailleurs, la pauvreté reste élevée, notamment dans les communautés autochtones et afro-colombiennes, ce qui aggrave les atteintes aux droits humains.

Cette situation entraîne d’importants départs du pays. En 2024, la Colombie se classait ainsi au 4ᵉ rang des pays d’origine des premières demandes dans l’Union européenne, surtout enregistrées en Espagne, en raison de la proximité culturelle et de l’exemption de visa. Pourtant, le taux de reconnaissance en première instance n’était que de 7% dans l’UE. Le dernier rapport sur l’Espagne du projet européen AIDA (qui documente chaque année la mise en œuvre du droit d’asile dans 24 pays européens), publié en mai 2025, note que les demandes colombiennes ont souvent été rejetées dans ce pays au motif que la violence dans le pays était attribuée à la « criminalité généralisée », sans prendre suffisamment en compte la présence des groupes armés. Des cas similaires de persécution politique ont parfois donné lieu à des décisions contradictoires : tantôt la protection internationale était accordée, tantôt refusée. Toutefois, l’organisation Accem qui rédige ce rapport a observé des avancées récentes, notamment dans la reconnaissance de la protection internationale pour les femmes victimes de violences sexistes.