©François Lièvre pour Forum réfugiés

Alors que le HCR a estimé en juin 2025 que les besoins de réinstallation s’élèveraient à 2,5 millions de personnes en 2026, la France a réinstallé environ 2 300 personnes en 2024 et a fixé un objectif de 3 000 réinstallés en 2025. À cela s’ajoutent quelques centaines de visas délivrés au titre de l’asile dans quelques postes consulaires du Moyen-Orient. 

Si les personnes en quête de protection peuvent demander l’asile quand elles se trouvent dans un pays disposant d’un système de détermination du statut de réfugié, notamment au sein de l’Union européenne, l’un des enjeux majeurs est de rejoindre un tel territoire. Pour éviter des voyages dangereux, en particulier pour les personnes vulnérables, il est ainsi nécessaire de mettre en place des voies légales d’accès au territoire pour les personnes persécutées dans leur pays d’origine.

La principale voie légale d’accès est la réinstallation. Les programmes de réinstallation permettent de protéger des réfugiés identifiés par le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) comme particulièrement vulnérables et de leur assurer un transfert légal et sécurisé depuis leur premier pays d’asile, où ils sont dépourvus de perspective d’intégration, vers un État tiers. Ce dernier s’engage auprès du HCR à les accueillir, à leur procurer une protection internationale, un accompagnement social et l’accès à l’apprentissage linguistique, au logement et à l’ensemble des droits attachés au statut de réfugié.

Après la signature d’un accord-cadre conclu avec le HCR en 2008, visant à réinstaller une centaine de ménages chaque année, les engagements français dans ce domaine ont se sont accrus à la fin des années 2010. En plus de l’accord cadre précité, la France s’est en effet engagée au titre de programmes européens à réinstaller jusqu’à 5 000 personnes par an. Cet objectif a cependant été revu à la baisse à plusieurs occasions (crise sanitaire, arrivée des Ukrainiens) et l’objectif ramené à 3 000 personnes pour 2022 a été renouvelé pour 2023. En 2024, l’objectif initial de 3 000 réinstallés par an sur la période 2024-2025 a été revu à la baisse en raison de « la mobilisation des services de l’État pour le bon déroulement des Jeux Olympiques et Paralympiques et la situation sécuritaire dégradée dans certains pays partenaires » d’après le ministère de l’Intérieur.

D’après le HCR, qui soumet l’ensemble des propositions de réinstallations aux États, ces deux programmes ont permis d’accueillir au total 2 212 départs effectifs de réinstallés vers la France sur l’ensemble de l’année 2024 (contre 3 003 en 2023). Le principal pays d’origine demeure la Syrie (508 réinstallés) devant la République centrafricaine (505) et le Soudan (338), tandis que le Turquie est le principal pays de premier asile depuis lequel les réfugiés ont été réinstallés (460 réinstallés) suivie par le Tchad (433) et la Jordanie (292).

Une incertitude statistique demeure cependant concernant les réinstallations. Le ministère de l’Intérieur comptabilise de son côté 2 380 demandes d’asile de réinstallés enregistrées en GUDA dans les données annuelles sur l’asile en France publiée en février 2025. Interrogé sur le nombre à prendre en compte, le ministère a indiqué qu’il y avait eu 2 371 réinstallations effectives en 2024 dont 151 au titre de l’accord-cadre, un chiffre que l’on retrouve dans les données de l’agence européenne Eurostat (2 370). L’OFPRA indique dans son rapport annuel avoir effectué 21 missions de réinstallation dans des États tiers à l’Union européenne pour mener des entretiens en amont des arrivées.

Parmi les personnes réinstallées en 2024, les autorités françaises ont particulièrement cherché à protéger des femmes afghanes conformément aux engagements pris dans le cadre de l’initiative « Avec elles » au Forum mondial des réfugiés de 2024 : 300 d’entre elles ont été réinstallées depuis la Turquie (cet engagement spécifique ne s’ajoutant cependant pas aux objectifs déjà fixés par ailleurs).

Pour l’année 2025, la France s’est engagée à accueillir 3 000 réfugiés depuis le Proche-Orient (Liban, Turquie, Jordanie), et depuis l’Afrique (Niger, Tchad, Égypte, Éthiopie, Cameroun et Rwanda).

Les opérateurs de la réinstallation en France demeurent confrontés à plusieurs difficultés et incertitudes qui les fragilisent notamment d’un point de vue financier. Le processus de réinstallation revêt en effet un caractère aléatoire : les personnes annoncées arrivant parfois avec du retard (de quelques jours à quelques mois) voire même n’arrivent pas du tout alors que les logements ont été payés et équipés (avec une forte augmentation des coûts), que l’équipe de salariés a été recrutée. Le forfait n’est versé à l’opérateur que si le réfugié entre en France. Par ailleurs, des difficultés sont parfois rencontrées avec les bailleurs quant à l’ajustement du bail à ces situations. L’accueil en milieu rural est encouragé, mais ne constitue pas toujours la bonne option notamment au regard de l’offre de soins.

Enfin, des problématiques spécifiques à l’accueil des réinstallés de l’accord cadre HCR demeurent. Ces derniers sont en effet considérés comme des primo-demandeurs d’asile et doivent suivre tout le parcours d’asile, ce qui créé un stress lié à l’incertitude et retarde l’intégration. Ils sont par ailleurs soumis au délai de carence de trois mois l’affiliation à l’assurance maladie, alors que leur venue est basée sur une situation de vulnérabilité.

La France autorise également une arrivée par voie légale au titre de la réunification familiale ou pour quelques réfugiés dans des situations spécifiques.

Le visa dit « asile » qui permet aux bénéficiaires d’arriver par voie légale pour demander la protection de la France est une procédure qui demeure, selon le ministère de l’Intérieur répondant en juin 2025 à une question parlementaire sur ce sujet, « peu exploitée à l'exception de dispositifs très spécifiques mis en œuvre dans quelques postes du Moyen-Orient au bénéfice de ressortissants Afghans, Iraniens, Syriens ». Les données, rares dans ce domaine, ont été diffusée pour la période 2020-2024, faisant apparaitre une hausse en 2024 avec 1 134 visas de ce type contre 973 l’année précédente.

Si les initiatives françaises visant à accueillir des réfugiés par voie légale demeurent notables à l’échelle européenne, où seule l’Allemagne a accueilli davantage de réinstallés (5 720), elles n’apportent qu’une réponse limitée aux besoins identifiés : pour l’année 2026, le HCR a estimé en juin 2025 que 2,5 millions de personnes auront besoin d’être réinstallés (contre 2,9 millions en 2025) tandis que son rapport annuel évalue à 43,7 millions le nombre de réfugiés dans le monde fin 2024 auxquels s’ajoutent 8,4 millions de demandeurs d’asile.

Les données détaillées sur les voies légales d’accès sont disponibles dans le 25ème « État des lieux de l’asile en France et en Europe » publié le 3 juillet 2025 par Forum réfugiés et disponible dans notre boutique solidaire.