De plus en plus de demandeurs d’asile sans hébergement ni ressources
Les chiffres sont alarmants. Comme le révèle le rapport annuel de Forum réfugiés publié le 28 juillet 2026, environ 41% des demandeurs d’asile dont le dossier était suivi par la France en fin d’année 2025 étaient privés de ressources et le dispositif national d’accueil ne permettait d’héberger que 42% d’entre eux. Le projet de loi de finances 2027, qui doit être prochainement discuté, pourrait remédier à ces défaillances en matière d’accueil des demandeurs d’asile.
Alors que les autorités se félicitent qu’en 2025 « le taux d’hébergement des demandeurs d’asile éligibles dans le DNA atteint 72 %, son niveau le plus élevé », ces résultats sont artificiels : ils sont obtenus en rendant de moins en moins de demandeurs d’asile éligibles aux conditions matérielles d’accueil. C’est notamment ce que révèle le 26ème rapport annuel sur l’asile publié par Forum réfugiés le 28 juillet 2026.
Si l’on rapporte le nombre de bénéficiaires de l’allocation pour demandeurs d’asile (ADA) fin décembre 2025 (90 536 d’après les données publiées sur les réseaux sociaux par l’OFII) – similaire à l’année précédente (90 329) - au nombre de personnes dont la demande d’asile est en instance à cette date (153 090 d’après l’agence statistique européenne Eurostat), la part de demandeurs d’asile bénéficiant des conditions matérielles d’accueil (qui comprennent a minima l’ADA) poursuit sa baisse spectaculaire entamée en 2021 : fin 2025, seuls 59,1% des demandeurs d’asile étaient bénéficiaire de l’allocation qui leur est dédiée alors qu’ils étaient 96,1% en 2020 et jusqu’à 99,3% en 2018.
Ainsi, au 31 décembre 2025, plus de 62 000 personnes dont la demande d’asile est pendante auprès des autorités françaises ne bénéficiaient d’aucune ressource ni hébergement dans un dispositif dédié à leur situation (contre 57 000 environ fin 2024 et 43 000 environ fin 2023), ce qui représente 41% des demandeurs d’asile. C’est la part la plus élevée jamais constatée.
La Cour des comptes pointait ainsi l’illusion statistique consistant à augmenter la part des demandeurs d’asile hébergés en privant de plus en plus d’entre eux du droit aux conditions matérielles d’accueil : elle notait en avril 2026 que le calcul du taux d’hébergement est « affecté, depuis plusieurs années, par le fait que les demandeurs qui refusent l’orientation régionale perdent leur droit à hébergement et ne sont pas pris en compte ».
La hausse du nombre de demandeurs d'asile privés de conditions matérielles d'accueil évoquée précédemment mène une partie d'entre eux à des situations de grande précarité, susceptible de remettre en cause leur capacité à exprimer leur crainte en cas de retour dans le cadre de la procédure d’asile. Les campements en région parisienne ou sur le littoral nord, qui alimentent souvent l’actualité et mènent à des opérations régulières d’évacuation par les autorités, accueillent en partie des demandeurs d’asile qui pourraient être hébergés dans des dispositifs dédiés. Ne disposant d'aucune possibilité de gagner leur vie, leur statut ne donnant pas droit au travail, ils doivent pourtant solliciter les dispositifs d'urgence de droit commun pour être hébergés et nourris.
Un rapport conjoint de plusieurs services d’inspection de l’État, publié en juillet 2026 indique « qu’au minimum 8 000 demandeurs d’asile sont présents dans l'hébergement généraliste » ce qui amène les auteurs à proposer que le dispositif national d’accueil (DNA) soit « dimensionné en conséquence ». La capacité du DNA a pourtant connu une baisse ces dernières années, après une augmentation continue d’une dizaine d’année.
Au 31 décembre 2025, le ministère de l’Intérieur recensait 101 106 places dédiées aux demandeurs d’asile au sein du dispositif national d’accueil dont 5 880 places en centre d’accueil et d’évaluation des situations (CAES), 49 395 places en centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) et 45 831 places en hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile (HUDA) dont 5 212 places du programme régional d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile (PRAHDA).
Ce dispositif national d’accueil (DNA) n’accueille qu’un nombre limité de demandeurs d’asile : si l’on reprend le chiffre évoqué précédemment de 72% des demandeurs d’asile éligibles aux conditions d’accueil qui seraient hébergés dans le DNA, il y aurait environ 65 000 demandeurs d’asile hébergés dans l’ensemble des lieux d’hébergement pour demandeurs d’asile. Les autres places peuvent être vacantes, indisponibles ou occupées par des déboutés ou des réfugiés (en présence autorisée ou indue). Au total, le DNA n’héberge que 43% de l’ensemble des demandeurs d’asile dont le dossier était suivi par la France fin 2025.
Le processus législatif d’adoption du budget 2027, qui débutera dès le début de l’automne 2026, constitue une bonne occasion d’augmenter le nombre de places du DNA pour remédier à ces défaillances de notre système d’accueil des demandeurs d’asile, indispensable pour la bonne mise en œuvre de ce droit fondamental.

