Lors d’une conférence organisée en octobre 2025 par Forum réfugiés, Andréa Laquet, géopolitologue, a dressé un bilan de la situation politique et sécuritaire en Somalie ainsi que des enjeux auxquels la population est confrontée.

Au cours d’une conférence organisée par Forum réfugiés le 14 octobre 2025, Andréa Laquet, géo politologue et enseignante spécialiste sur la Corne de l’Afrique, a commencé par dresser le portrait historique et sociétal de l’État fédéral de la Somalie. Situé à la pointe orientale du continent africain, son histoire est marquée par de puissants sultanats médiévaux et par une double colonisation britannique et italienne. Elle accède à l’indépendance en 1960. La société somalienne est fondée sur une structure clanique qui influence la vie politique et sociale, nourrissant des tensions, notamment dans les régions du centre et du sud.

La situation géopolitique de la Somalie a ensuite été abordée. Ce pays occupe une position stratégique entre la mer Rouge et l’océan Indien. Parmi les états, deux sont semi-autonomes : le Puntland et le Somaliland. Pour comprendre la situation du Somaliland, il faut remonter en 1991, alors que le général Siad Barre, arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire en 1969, est renversé. Dans ce contexte, les clans locaux du Somaliland (un des États de la fédération somalienne) proclament l’indépendance de leur territoire en mai 1991, donnant naissance à la République du Somaliland, officiellement instituée le 23 février 1997. Une lutte de pouvoir s’ensuit, dégénérant en guerre civile entre les autorités somaliennes et la région du Somaliland. Aujourd’hui, la Somalie continue de revendiquer cette région mais ne s’ingère pas dans son administration. Le Somaliland n’est pas reconnu par la communauté internationale, mais il fonctionne de facto de manière autonome : il dispose de sa propre constitution, de son gouvernement, de sa monnaie, de son armée, de son drapeau, et parvient à se gouverner efficacement grâce à des institutions démocratiques. Depuis 1991, il a organisé quatre élections présidentielles, dont la dernière en novembre 2024, témoignant de sa stabilité. Depuis sa proclamation d’indépendance, le Somaliland n’a connu aucun conflit majeur. Cependant, il doit faire face à d’importants défis économiques et sécuritaires.

Depuis 1991, la Somalie peine à retrouver une stabilité, minée par la guerre civile, le séparatisme et le terrorisme. Le principal facteur d’instabilité demeure Al-Shabaab, groupe djihadiste né en 2006 et affilié à Al-Qaïda depuis 2012. Malgré les offensives gouvernementales, le mouvement reste puissant : il aurait causé plus de 6 000 morts en 2025 et continue d’exploiter les divisions claniques et la pauvreté. Son influence dépasse les frontières somaliennes, avec des attaques au Kenya et en Ouganda.

La conférence a également mis en lumière de graves atteintes aux droits fondamentaux. La peine de mort reste en vigueur, appliquée tant par les tribunaux civils que militaires (34 exécutions en 2024, selon le rapport mondial d’Amnesty International publié en avril 2025). Les minorités ethniques, comme les Bantous somaliens, subissent discriminations, violences et marginalisation politique. Les femmes et les filles demeurent particulièrement vulnérables : 98 % des jeunes filles subissent encore l’excision, malgré les dispositions constitutionnelles, et la Somalie n’a pas ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Les violences sexuelles sont omniprésentes, notamment dans les camps de déplacés où 80 % des victimes sont des femmes. Les personnes LGBTQ+ risquent quant à elles l’emprisonnement ou la peine de mort, selon les autorités locales ou les tribunaux d’Al-Shabaab.

Les défis humanitaires s’ajoutent à la crise sécuritaire : conflits, sécheresse et pauvreté poussent des milliers de Somaliens à l’exil vers les pays voisins, voire vers l’Europe. Andréa Laquet conclut sur la nécessité de soutenir la reconstruction institutionnelle et la promotion des droits humains, conditions indispensables à une paix durable dans la Corne de l’Afrique.

La Somalie est le 17ᵉ pays d’origine des demandeurs d’asile en France : 2 326 demandes ont été enregistrées à l’OFPRA en 2024 (dont 817 déposées par des femmes), soit une hausse de 5,4 % par rapport à 2023. Le taux de protection est assez élevé (environ 44 %) avec 1 184 protections accordées (424 statuts de réfugié et 760 protections subsidiaires).