Après la reconquête du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan en 2023, plus de 100 000 personnes ont fui vers l’Arménie. Deux ans après cet exil forcé, Amnesty International dresse un bilan des conditions de vie des réfugiés arméniens du Haut-Karabakh.

Le Haut-Karabakh est une région montagneuse d’Azerbaïdjan qui compte environ 120 000 habitants. L’immense majorité (99 %) est d’origine et de langue arménienne, et de confession chrétienne. Le reste de l’Azerbaïdjan est majoritairement musulmans et turcophones.

L’Arménie et l’Azerbaïdjan se disputent cette région depuis le début du XXᵉ siècle, lorsqu’elle a été rattachée à l’Azerbaïdjan par l’Union soviétique. En 1988, les autorités du Haut-Karabakh ont déclaré vouloir se séparer de l’Azerbaïdjan pour s’unir à l’Arménie, déclenchant une première guerre (1991-1994), qui a fait 30 000 morts et des milliers de disparus. Malgré un cessez-le-feu, aucun accord de paix durable n’a été conclu et les deux États ont continué à se disputer le statut et les frontières du Haut-Karabakh, notamment en 2020 et en 2022.

En septembre 2023, l’Azerbaïdjan a reconquis les territoires perdus en 1994 lors d’une offensive éclair, sans réaction militaire de l’Arménie. À la suite de cette opération, plus de 100 000 Arméniens du Haut-Karabakh ont fui vers l’Arménie, notamment vers la ville de Goris, proche de la frontière.

Deux ans plus tard, Amnesty International publie un rapport sur la situation de ces anciens habitants du Haut-Karabakh, réfugiés en Arménie. Leurs témoignages décrivent de profondes difficultés d’adaptation en Arménie : précarité économique liée à la perte de leurs commerces et à la réduction des aides gouvernementales, sentiment de déracinement, nostalgie de leur terre d’origine et absence d’espoir de retour. Beaucoup expriment également un fort sentiment d’abandon, y compris de la part de leur propre gouvernement, estimant que les accords de paix en discussion ne garantissent ni leurs droits ni leur sécurité.

Selon International Crisis Group, le gouvernement arménien a globalement bien géré l’arrivée massive des réfugiés du Haut-Karabakh, notamment par la mise en place d’aides financières d’urgence, aujourd’hui en grande partie réduites. Le principal défi reste l’accès à un logement abordable et durable. Une prime unique à l’achat immobilier a été proposée, mais peu de réfugiés y ont eu recours, la jugeant insuffisante par rapport aux biens immobiliers et matériels abandonnés au Haut-Karabakh. Par ailleurs, l’accès aux aides sociales est conditionné à la nationalité arménienne. Or, de nombreux réfugiés ont découvert qu’ils ne la détenaient pas officiellement. Ils ne possédaient que des documents de voyage ou des passeports non reconnus comme pièces d’identité valables par les administrations arméniennes. Ces difficultés alimentent des tensions sociales croissantes.

Si la majorité souhaite retourner vivre au Haut-Karabakh, beaucoup hésitent encore à demander la nationalité arménienne. De son côté, l’Azerbaïdjan affirme que les Arméniens sont les bienvenus, à condition d’accepter la citoyenneté azerbaïdjanaise, ce dont les réfugiés se méfient.

La question de l’intégration des anciens habitants du Haut-Karabakh est devenue un enjeu politique en Arménie. Malgré une hostilité historique, l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont récemment accompli des avancées diplomatiques notables. Le texte d'un accord de paix n’a toutefois pas été signé : l’Azerbaïdjan exige au préalable des modifications de la Constitution arménienne. Les deux pays envisagent également la réouverture des voies de transport régionales.

Si la renonciation par l’Arménie à ses revendications territoriales sur le Haut-Karabakh a amélioré les perspectives de paix dans le Caucase, ce processus laisse de nombreux anciens habitants de l’enclave dans une situation d’incertitude et de profonde désillusion.