Forum Réfugiés a organisé, en avril 2026, une conférence en ligne consacrée au Kosovo. Anne-Sophie Ducreux, spécialiste des Balkans, y a présenté la situation des femmes dans la société kosovare marquée par des violences domestiques et des inégalités persistantes.

Le Kosovo est le plus jeune État d’Europe. Il a proclamé son indépendance le 17 février 2008, à l’issue de la guerre de 1998-1999 contre la Serbie. Ce petit pays enclavé des Balkans est également marqué par l’histoire de l’ex-Yougoslavie. Sa société multiethnique est composée majoritairement d’Albanais musulmans, mais également de Serbes (majoritairement orthodoxes), de Bosniaques, de Turcs, de Roms et de Gorans. Cette diversité est symbolisée par les six étoiles du drapeau kosovar.

Anne-Sophie Ducreux a rappelé que le pays reste confronté à d’importants enjeux politiques, économiques et sociaux, tandis que les tensions qui traversent le pays sont davantage d’ordre ethnique et politique, plutôt que religieux. Le sujet de la diaspora a été abordé car elle occupe une place centrale dans la société kosovare. Entre 40 et 45 % de la population vivrait à l’étranger, soit jusqu’à 800 000 personnes. Plusieurs vagues migratoires ont marqué l’histoire du pays et cette diaspora constitue aujourd’hui un soutien financier essentiel. Sur le plan économique, le Kosovo connaît une croissance réelle mais fragile. Le pays reste fortement dépendant des transferts de sa diaspora et de l’aide internationale. Le chômage, la faible industrialisation ainsi que l’importance de l’économie informelle constituent des défis majeurs. Les disparités entre les zones urbaines et rurales sont également très marquées.

La guerre du Kosovo, entre 1998 et 1999, continue de laisser une empreinte profonde sur la société. Le conflit opposait les forces serbes à l’UÇK, l’Armée de libération du Kosovo, qui combattait le pouvoir serbe pour obtenir l’indépendance du territoire. Les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre figurent parmi les aspects les plus graves de ce conflit. La reconnaissance officielle des victimes n’est intervenue qu’en 2014, révélant le poids du silence et des stigmates entourant ces violences.

Au cours de cette conférence, Anne-Sophie Ducreux a également souligné que, malgré l’indépendance acquise en 2008, la société kosovare demeure profondément divisée entre Kosovars albanais et Kosovars serbes. Ces derniers, devenus la principale minorité du pays, vivent une situation particulière. Principalement installés dans le nord du Kosovo, près de la frontière serbe, ainsi que dans certaines enclaves, ils disposent d’une représentation politique spécifique (maires serbes) et restent liés aux institutions serbes, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la culture.

La question des femmes a ensuite été abordée. Le Kosovo dispose d’un cadre juridique relativement avancé en matière d’égalité entre les sexes. La Constitution garantit cette égalité et plusieurs lois protègent les femmes contre les violences et les discriminations. Toutefois, la réalité est contrastée. D’un côté, la présence de la présidente Vjosa Osmani à la tête du pays constitue un symbole fort de représentation féminine. De l’autre, les femmes restent largement sous-représentées dans la vie politique, économique et institutionnelle. Environ 75 % d’entre elles sont éloignées du marché du travail ou cantonnées au secteur informel. Dans la police, elles ne représentent qu’environ 15 % des effectifs. La faible participation des femmes au marché du travail entraîne une forte dépendance économique, particulièrement chez les femmes âgées vivant grâce aux pensions de base. Anne-Sophie Ducreux a rappelé que les violences domestiques et les inégalités persistent. En matière d’éducation, les filles disposent officiellement des mêmes droits que les garçons et représentent environ la moitié des étudiants. Cependant, la majorité d’entre elles reproduisent une forme décrochage scolaire à la fin de leur étude ou au moment de rentrer dans la vie active. Les traditions patriarcales, en particulier dans les zones rurales, continuent d’exercer une forte influence sur la société, notamment à travers l’héritage du Kanun, ancien droit coutumier albanais. Cet environnement favorise l’assignation aux tâches domestiques pour les femmes, les violences conjugales et domestiques, ainsi que les mariages précoces.

L’ensemble de ces éléments met en évidence le contraste entre les avancées juridiques du Kosovo et les difficultés concrètes rencontrées par les femmes dans la vie quotidienne. Anne-Sophie Ducreux a conclu en rappelant que si les droits des femmes existent dans les textes, leur application reste encore très inégale selon les territoires et les milieux sociaux.

Le replay de la conférence est disponible ICI.