Traite des êtres humains : une protection insuffisante des victimes, malgré des améliorations
Un rapport du Groupe d’experts du Conseil de l’Europe sur la traite des êtres humains (GRETA) publié en juin 2026 sur la situation française reconnaît les efforts engagés par les autorités mais relève encore des lacunes importantes et adresse plusieurs propositions d’action. Il aborde notamment la situation des personnes en demande d’asile, qui font face à d’importantes difficultés.
Un rapport du Groupe d’experts du Conseil de l’Europe sur la traite des êtres humains (GRETA) publié le 25 juin 2026 examine les mesures prises par la France entre 2022 et 2026 pour prévenir la traite des êtres humains, détecter et protéger les victimes, et sanctionner les auteurs. Il met l’accent sur les situations de vulnérabilité qui favorisent l’exploitation ainsi que sur l’usage croissant des outils numériques par les réseaux criminels.
Le nombre de victimes identifiées a augmenté ces dernières années. Cependant, l’absence d’un système national coordonné d’identification et de partage des données empêche encore de mesurer précisément l’ampleur du phénomène.
Le rapport relève plusieurs avancées importantes. Un nouveau plan national de lutte contre l’exploitation et la traite a été lancé pour la période 2024-2027. Les moyens consacrés aux enquêtes ont été renforcés, notamment pour lutter contre l’exploitation sexuelle et les formes d’exploitation liées aux technologies numériques. L’accès des victimes à l’assistance juridique et à l’indemnisation a également progressé.
Les experts estiment toutefois que certains groupes restent particulièrement exposés. Les enfants constituent la principale source de préoccupation. Les jeunes confiés à l’aide sociale à l’enfance, les mineurs non accompagnés et les adolescents en rupture familiale sont fréquemment ciblés par les trafiquants. Le recrutement passe souvent par les réseaux sociaux, par des relations affectives manipulatrices ou directement par certains lieux d’hébergement. La crise du système de protection de l’enfance, marquée par un manque de personnel et de places adaptées, accroît ces risques.
Les travailleurs migrants sont également fortement vulnérables à la traite et à l’exploitation, notamment dans l’agriculture, le bâtiment, le nettoyage, l’hôtellerie-restauration ou le travail domestique. Leur dépendance à un employeur pour conserver leur droit au séjour peut les dissuader de dénoncer des abus.
Les femmes migrantes sont particulièrement exposées à la prostitution, certaines étant contraintes à se prostituer pour rembourser une dette contractée pour leur passage en Europe ou du fait de l’absence de statut administratif régulier. Malgré une hausse du nombre de bénéficiaires du parcours de sortie de la prostitution et d’insertion sociale et professionnelle (PSP), les admissions restent faibles au regard du public potentiellement éligible.
Les personnes en demande d’asile font face à d’importantes difficultés. Bien que l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) procède à une évaluation de la vulnérabilité, le système d’identification et de suivi des demandeurs et demandeuses d’asile vulnérables reste fragile, principalement en raison d’un manque de moyens humains. Le dépôt tardif d’une demande d’asile, fréquent chez les victimes de traite, entraîne souvent un placement automatique en procédure accélérée par la préfecture et le refus d’hébergement dans le dispositif national d’accueil (DNA). En outre, le nombre de places disponibles dans le dispositif national d’accueil (DNA) reste très inférieur aux besoins, tandis que les dispositifs d’urgence sont saturés.
Les personnes en situation irrégulière sont également très exposées. La précarité, l’absence de logement stable et la peur de l’expulsion favorisent les abus, notamment dans le travail non déclaré, l’exploitation sexuelle ou certaines activités criminelles.
L’un des principaux constats concerne l’identification des victimes, qui dépend encore largement en pratique des services de police et de gendarmerie. Le rapport souligne la nécessité de mettre en place un véritable mécanisme national d’identification et d’orientation qui définisse le rôle à jouer et la procédure à suivre par l’ensemble des acteurs susceptibles d’avoir des contacts directs avec des victimes de la traite afin de les repérer plus rapidement et de mieux les orienter vers les services adaptés.
Enfin, le rapport souligne que les trafiquants utilisent de plus en plus Internet et les réseaux sociaux pour recruter, contrôler et exploiter leurs victimes, même si la France a commencé à développer des outils spécialisés pour répondre à cette évolution.

